Mascarade

Mascarade

Kübler-Ross Dream Cycle
« In girum imus nocte et consumimur igni »

(Nous tournoyons dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu.)

 « Ne jamais renaître de ses cendres et apprendre. Souffrir d’une belle vie, pourrir, pourrir, pourrir, mourir, s’offrir une nouvelle vie et oublier. »

Une faille béante, un scintillement luminescent, au fond du gouffre, je m’y dirige sans interrogation, cerné et abusé.

Elle me guette, m’attend, brûlant et aveuglant de ses rayons glacials mon regard candide, guide mes pas alors que je suis vierge, sans recul, si fragile, si confiant, sans aucune défiance.

« Laisse-moi guider tes pas !»

« Je ferai n’importe quoi. ».

Et je l’embrasse et l’embrase encore et encore, l’Orbe sacrée, entre mes mains moites et incertaines ; la glorifie ; la sanctifie, perdu dans les méandres de ses arcanes venimeuses, comme un infini préquel à la vie. Elle est si rassurante mais pourtant si altérée ; je ne ressens rien.

« N’aurais-tu pas la bonne clef ? En as-tu vraiment la clef ? Et si tout cela n’était qu’un leurre, une vulgaire erreur ?»

La Grande Mascarade parade, se pavane, asservissant sur son passage l’esprit docile, à tous ses rites cupides et imbéciles, flatte l’ego, lui fait écho, ne s’adressant qu’à l’orgueilleux, qu’au vaniteux, annihilant Révolution dans son cocon. La machine est en marche, assainissant, aseptisant et écrasant l’esprit servile, de son éducation factice, le nourrissant des ses divertissements avilissants, lui faisant perdre la passion, lui faisant perdre la raison en exaltant sa frustration.

Dois-je faire volte-face, ne pas admettre et me soumettre, ne pas savoir et avancer, sourire béat et hébété ? Tout était pourtant tracé, tout était écrit dans ces fadaises pleines de promesses.

« Tu as perdu la clef et cherches le chemin ? »

Dois-je faire face à la coalition et oublier la frustration,exorciser les vieux démons, renverser la domination, effacer la coercition ? Il n’y aura pas de rémission, il n’y aura plus de soumission. Je veux trouver ma vérité.

Je m’accommode, me laisse me noyer dans cet halo de confusions et n’y vois plus que ce que je veux voir, observant sans raison le sacre de l’ignorant, épris du déni, persuadé d’avoir entendu la voix du salut.

J’entre dans la danse, pour finalement, y laisser là, une part de moi.

Je ne vois plus qu’un point ; rougeoyant, effervescent ; incandescent ; il me paraît si loin. Ma perception était biaisée.

Pause.

« Prends la porte dérobée ! Elle fait ombre à la lumière éphémère qui brillait de milles feux comme un appât venimeux »

Paralysé sous le joug de la consommation, de la comparaison, je prends mon droit d’asile. Perché dans ma tour d’ivoire, je reste las, prostré et menacé, tapi dans l’obscurité, à penser, à observer, analyser et m’enfoncer, au cœur de la prison de verre, dont l’horizon si trouble, au-delà du voile immonde, laisse entrevoir l’espoir d’une vie plutôt qu’une existence pleine de carences.

Je n’ai plus le choix ; prisonnier des entrailles, au fond de l’entaille qui jamais plus ne se refermera, je dois faire le grand pas. Je touche le fond et me relâche, dans le néant, cherche à comprendre. Je suis le vide.

Comment ai-je pu être si naïf ? Qui ai-je pu croire en fermant les yeux ? Comment ai-je pu croiser tant de regards si hagards et consentants sans pour autant y croire ?

J’ai suivi la voie dorée, ornée de ses barrières d’épines, relié par le cordon, alimenté de cette fiction, bercé d’illusions !

Pourtant ne sommes-nous pas liés ? Ne sommes-nous pas tous la même chose en même temps ? Ne pensons-nous pas tous la même chose en même temps, ? Ne dépendons-nous pas tous de nous ?

« Une autre réalité existe mais tu te refuses encore à le croire et à le concevoir . Coupe le cordon ! Coupe le cordon !»

Je ressens la frustration ; parce que du temps j’en ai passé, parce que du temps j’en ai passé, parce que du temps j’en ai passé, à obéir, à accepter, à écouter, à approuver, à réfuter, à ressasser et à chercher. Alors je laisse ce doux venin me pénétrer, me désarmer, me dompter et m’exhorter. Je n’ai d’yeux que pour ça, la rébellion et l’abstinence ; je m’y suis pourtant plié à l’obédience et la décence, alimentant la décadence, alors maintenant, faites place au dissident.

Je guide mes pas vers la raison ; lucide et clairvoyant. J’emmène au loin la barque de mes pensées, vaines et naïves, et je saborde aux yeux de tous ; les bien-pensants, les bienveillants, condescendants ou mal-aimants.

« Laisse remonter cette bile visqueuse et cancéreuse, rance et putréfiée ! »

Il est temps de désapprendre, de ré-apprendre. Maintenant je cherche la voix, je négocie, me débats, défais, déjoue, râle et gémis ; instable, malade ; et pars à la rencontre du diable bleu.

Il faut purifier l’âme et la déposséder définitivement de ce qu’elle a de plus sale.

« Petite braise éprise d’une douce brise, entrelacées et épicées. Attise le feu ! »

J’entame la rédemption, dans les décombres et la pénombre, ramasse la graine, oublie la haine, pardonne le quidam, vais jusqu’à la voûte céleste, au creux du néant et du sidérant, vers la lumière, arrache ce voile immonde, et touche au substantiel, flirtant avec la quintessence, dans la concupiscence, en attendant déliquescence, ma délivrance.

« Rejoins la spirale sinueuse et vertueuse. »

Mascarade

Paroles

It’s time to wake up now, we can really make it (x 4)
Hopefully we can make it (x8)